Quand j'étais petite, j'avais une trouille bleue de l'eau.
Comme de plein d'autres choses, d'ailleurs: j'avais peur des "méchants", des voleurs, qu'il y ait le feu à l'école ou à la maison, etc.
Merci ma mère qui m'a angoissée jusqu'à l'os.
Soit.
J'avais un jeune prof de gym extrêmement dynamique, une grande gueule.
Il t'obligeait sans cesse à te dépasser.
Il en a bien chié pour m'apprendre à nager, il m'a même traumatisée en me poussant dans la grande profondeur parce que je tergiversais, en dépit de la bouée posée là.
Je lui en ai voulu. Terriblement.
Il était également mon prof de judo, le vendredi soir.
Je le voyais donc énormément, et mes sentiments pour lui étaient alors ambivalents: mon côté "sale-gosse-qui-sommeille" l'adorait, l'autre le détestait.
Les années ont passé. Cinq ans sans plus le voir.
Puis, il est venu comme cuistot au camp Patro, avec sa femme, son meilleur ami et la femme de celui-ci.
Et là, comme mon côté grande gueule avait largement pris le dessus (et depuis je n'ai toujours pas pu m'en défaire, d'ailleurs), je lui ai dit tout ce que je pensais de lui. Et notamment que c'était un GROS CONNARD, parce qu'il m'avait flanqué la frousse de ma vie.
Et il est devenu mon pote.
Depuis, même si je le vois peu (quoique... un peu plus depuis que Sacha va à l'école, puisqu'il s'agit de mon école primaire et que Bernard - le "connard" en question - y enseigne toujours la
gym), chaque fois, les quelques mots que nous échangeons sont un véritable bonheur pour moi.
JE L'ADORE.
Et je sais que c'est réciproque.
Ce week-end, on a entendu parler d'un accident de la route qui avait coûté la vie à deux jeunes, 29 et 23 ans, sur la grand-route qui sépare ma rue de celle de Bernard.
J'apprends à l'instant que l'un des deux est Maxime, son fils.
Et je suis sous le choc.
J'ai envie de pleurer.
Maxime je ne le connais que très vaguement, mais son père...
On a passé d'excellents moments ensemble, des heures de rigolade et de racontage de conneries, de foutage de gueule des gens.
Et voilà. Mon pote, qui vient d'échapper à la mort en avril suite à une péritonite aiguë, perd son enfant.
Qu'y a-t-il de plus tragique?







